Justice transitionnelle en RDC: Vers une paix durable

La justice transitionnelle ne consiste pas seulement à traiter les causes et les conséquences des violences passées ou actuelles, mais elle consiste aussi à construire un avenir juste, inclusif et pacifique.

Contexte en RDC marqué par la continuité des conflits violents

S’agissant du traitement du passé, en RDC le passé n’est pas encore réellement passé, particulièrement dans l’Est du pays où le contexte est marqué par la continuité des conflits violents depuis plusieurs décennies, avec des dimensions régionale et géopolitique complexes.

Malgré les accords et les médiations en cours – qu’elles soient menées à Washington, à Doha, à Montreux, ou sous l’égide de l’Union Africaine – la paix reste fragile, incertaine…

Dans ce contexte, il est illusoire de penser qu’une paix durable peut être construite sans mise en œuvre effective de la justice transitionnelle.

Nécessité et opportunité de mettre en œuvre la justice transitionnelle en RDC

La justice transitionnelle n’est pas un concept abstrait réservé aux périodes post-conflit idéalisées. En RDC, elle est une nécessité urgente, même dans un contexte de violences persistantes.

La justice transitionnelle consiste à faire face à l’héritage d’un passé violent, mais elle consiste aussi à faire face aux causes et aux conséquences actuelles des violences, à travers une approche holistique – intégrant ses différentes dimensions, car les processus et mécanismes de justice transitionnelle ne sont pas seulement judiciaires, ils sont aussi non judiciaires ; ils ne sont pas qu’officiels ou formels, ils sont aussi non officiels ou informels ; ils ne sont pas menés seulement au niveau national ou international, ils sont également menés aux niveaux local et communautaire.

L’approche doit aussi être inclusive et participative – plaçant les victimes et les communautés affectées au cœur des processus et mécanismes, car aucun des avantages imputés à la justice transitionnelle ne peut être réalisé sur le dos des victimes et des communautés affectées, sans leur participation significative, tel que l’avait si bien dit le tout premier Rapporteur spécial des Nations Unies sur la promotion de la vérité, de la justice, de la réparation et des garanties de non-répétition, Pablo de Greiff.

L’approche doit également être séquentielle et pragmatique – tenant compte des questions prioritaires et des réalités du terrain.

=> Pourquoi la justice transitionnelle est-elle essentielle à la restauration et la consolidation de la paix en RDC ? C’est principalement

  • Parce qu’elle permet de réaliser les droits des victimes, trop longtemps ignorées ou marginalisées ;
  • Parce qu’elle permet de lutter contre l’impunité, qui alimente la répétition des crimes;
  • Parce qu’elle permet de briser les cycles de violence, en s’attaquant à leurs racines ;
  • Parce qu’elle permet de promouvoir la cohésion sociale et la réconciliation, indispensables à la cohabitation pacifique ;
  • Et parce qu’elle permet de poser les bases d’un avenir juste, sécurisé et prospère pour tous.

Comme l’a rappelé l’actuel Haut-Commissaire des Nations Unies aux droits de l’homme en mars 2025 : “Le chemin vers la paix n’est jamais facile, mais la justice transitionnelle est l’un des outils les plus puissants dont nous disposons pour y parvenir.”

L’état des lieux de la justice transitionnelle en RDC est caractérisé par quelques avancées, mais qui sont confrontées à des défis majeurs.

Les conditions d’une justice transitionnelle efficace en RDC

Pour que la justice transitionnelle joue pleinement son rôle dans la restauration et la consolidation de la paix en RDC, certaines conditions sont indispensables.

Premièrement : une volonté politique forte et constante.
Sans engagement clair, sérieux et constant des autorités à différents niveaux, les processus et mécanismes resteront symboliques.

Deuxièmement : la centralité des victimes et des communautés affectées.
Les victimes et les communautés affectées ne doivent pas être de simples bénéficiaires passifs, mais des actrices à part entière.

Troisièmement : la complémentarité des mécanismes.
La recherche et l’établissement de la vérité, les processus judiciaires, les mesures de réparations, les garanties de non-répétition, et le travail de mémoire doivent fonctionner de manière cohérente.

Quatrièmement : l’ancrage local et la pertinence socioculturelle.
Les solutions doivent être adaptées aux réalités socioculturelles congolaises, en intégrant notamment les pratiques traditionnelles et coutumières de résolution des conflits.

Cinquièmement : le soutien de la communauté internationale.
Un soutien qui devrait être cohérent, durable, et respectueux des priorités des victimes et des communautés affectées.

Une responsabilité collective

La justice transitionnelle en RDC ne concerne pas uniquement les Congolais. Elle interpelle aussi la communauté internationale.

La paix en RDC est un bien public mondial. Elle est indissociable de la stabilité régionale, continentale et internationale.

Dans cette perspective, l’importance de la justice transitionnelle devrait être reconnue dans les processus de paix et explicitement mentionnée dans les accords de paix.

Les processus et accords de paix devraient adopter une approche holistique de justice transitionnelle, prévoyant des mécanismes formels et informels de recherche de la vérité, de justice, de réparations, de garanties de non répétition, et du travail de mémoire, et tenant compte de la dimension régionale des conflits.

Le chemin vers la paix n’est jamais facile, mais la justice transitionnelle est l’un des outils les plus puissants dont nous disposons pour y parvenir“.

==> Ce sont là quelques éléments clés de ma prise de parole lors de la Conférence “Une histoire de gloire et de dignité: responsabilités et justice en RDC ” du 21 avril 2026 au Parlement européen à Bruxelles, organisée par l’Euro-députée Rima Hassan.

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Bruxelles, capitale de la Belgique et de l’Europe, est un centre politique majeur abritant l’Union européenne et l’OTAN.

Louvain (Leuven) est située à environ 25 kilomètres à l’est de Bruxelles. Louvain a été une ville universitaire depuis 1425, où se situe KU Leuven – une université de recherche catholique.


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